L’Algérie, avec près de 2 700 millionnaires au seuil de 2025, conserve une présence notable dans le club continental des hauts patrimoines. Toutefois, à l’instar de certains pays voisins, elle fait face à un recul de -23 % du nombre de personnes millionnaires depuis 2015. Cette trajectoire contraste avec les progressions remarquées ailleurs en Afrique, un concentré de richesses à décrypter dans un paysage en pleine mutation.
En juin, selon le rapport conjoint de Henley & Partners et New World Wealth, le nombre de millionnaires algériens en 2025 compte 2 700 millionnaires, 10 centi-millionnaires (fortune ≥ 100 millions USD) et un seul milliardaire, une situation qui illustre les disparités économiques qui traversent le continent au sortir d’une décennie haletante Cette baisse de -23 % comparée à 2015 contraste avec les fort décollages de pays comme le Maroc (+40 %) ou Maurice (+63 %)
Algérie dans le panorama africain des millionnaires
L’Algérie occupe une position intermédiaire, avec 2 700 millionnaires, elle se hisse devant le Ghana (2 600) et l’Éthiopie (2 400), mais reste loin derrière les poids lourds comme l’Afrique du Sud (41 100), l’Égypte (14 800), le Maroc (7 500) ou le Nigeria (7 200)
Cette décroissance de -23 % est l’une des plus marquées, similaire à celle de l’Angola (-36 %) et seulement moins sévère que la chute de -47 % observée au Nigeria
Des dynamiques contrastées à travers le continent
Afrique du Sud, leader incontesté, concentre 34 % des millionnaires africains (41 100 individus), soit autant que les cinq autres pays les plus riches réunis. Maurice explose avec +63 % de millionnaires en plus en dix ans, porté par sa stabilité politique, son attractivité fiscale et ses dispositifs d’investissement résidentiel. Rwanda (+48 %) et Maroc (+40 %) suivent, tandis que des pays comme le Nigéria, l’Angola et l’Algérie pâtissent de contractions significatives
Le nombre de millionnaires algériens en 2025 et en Afrique du Nord, un miroir des disparités
Pays | Millionnaires (≥ 1 M USD) | Centi-millionnaires (≥ 100 M USD) | Milliardaires | Évolution 2015-2025 |
---|---|---|---|---|
Maroc | 7 500 | 35 | 4 | +40 % |
Algérie | 2 700 | 10 | 1 | −23 % |
Tunisie* | N/D | N/D | N/D | Données indisponibles |
Égypte | 14 800 | 49 | 7 | −15 % |
Mauritanie | Données insuffisantes | — | — | — |
Libye | Données insuffisantes | — | — | — |
*Absence de données fiables pour certains pays d’Afrique du Nord.
Analyse rapide :
- Égypte, malgré une baisse de 15 %, reste le leader régional avec 14 800 millionnaires.
- Maroc surprend : une croissance de 40 % sur dix ans, portée par les réformes et l’ouverture économique.
- Algérie marque le pas avec −23 %, reflet des tensions économiques et des difficultés d’investissement local.
- Tunisie, Mauritanie et Libye : données manquantes ou trop fragmentaires pour établir une analyse fiable, soulignant l’opacité financière dans ces pays.
Enjeux algériens : que traduisent ces chiffres ?
Derrière la baisse du nombre de millionnaires en Algérie se dessine une combinaison de facteurs structurels qui freinent l’essor des grandes fortunes. La dépréciation du dinar face au dollar, d’abord, joue un rôle majeur : exprimés en devise américaine, les patrimoines s’en trouvent mécaniquement réduits, ce qui accentue la perception d’un appauvrissement relatif.
À cette pression monétaire s’ajoute un climat d’investissement fragile, marqué par des incertitudes politiques récurrentes et un manque de stratégies incitatives claires pour attirer les capitaux. Résultat : les investisseurs préfèrent souvent orienter leurs fonds vers des marchés jugés plus stables et plus lucratifs.
L’exil des talents et des capitaux pèse également sur cette dynamique, une partie des élites économiques et intellectuelles choisit de s’installer à l’étranger, emportant avec elle compétences et richesses, tandis que certains patrimoines se trouvent immobilisés hors des frontières nationales. Enfin, l’Algérie souffre d’une absence d’écosystèmes ultra-premium capables de soutenir la création de fortunes exceptionnelles.
Contrairement à des pays comme Maurice ou le Maroc, qui ont su développer des niches économiques attractives pour les très hauts revenus, le marché algérien peine encore à offrir des opportunités à la hauteur des ambitions de ses entrepreneurs les plus fortunés.
Avec ses 2 700 millionnaires recensés en 2025, l’Algérie se maintient dans la moyenne africaine, mais la tendance à la baisse souligne des fragilités profondes. Dans un continent où certains pays, à l’image du Maroc ou de Maurice, affichent des croissances spectaculaires des grandes fortunes, l’Algérie semble marquer le pas, prisonnière de facteurs structurels qui freinent l’accumulation de richesses locales.
L’exode des talents, la volatilité monétaire et l’absence d’écosystèmes économiques propices à l’ultra-luxe accentuent ce décalage. Pourtant, le pays conserve des atouts indéniables, un marché intérieur vaste, une diaspora puissante et une géographie stratégique. Si ces richesses latentes parviennent à se transformer en leviers économiques, le prochain rapport sur la fortune africaine pourrait bien raconter une tout autre histoire…
