À Marseille, la difficulté à obtenir certains rendez-vous pour un titre de séjour alimente un marché parallèle. Selon une enquête de Marsactu, des intermédiaires proposent des créneaux à des étrangers confrontés à des dossiers bloqués, moyennant quelques dizaines d’euros. Un phénomène qui dépasse la seule cité phocéenne : le ministère de l’Intérieur reconnaît lui-même l’existence de captations de rendez-vous destinées à la revente.
Le système décrit à Marseille concerne notamment des personnes qui cherchent à renouveler leur titre de séjour et se retrouvent dans l’impossibilité d’avancer dans leurs démarches. L’enquête de Marsactu rapporte que, devant les services de la préfecture des Bouches-du-Rhône, le phénomène est suffisamment connu pour que des usagers puissent être orientés vers des réseaux parallèles. L’enquête évoque des rendez-vous obtenus contre quelques dizaines d’euros pour des dossiers nécessitant un accueil physique.
Derrière ce commerce se trouve une ressource particulièrement recherchée : le créneau de rendez-vous. Lorsque les disponibilités sont rares, des outils automatisés peuvent permettre de les détecter et de les réserver plus rapidement qu’un usager effectuant lui-même la démarche.
Le ministère de l’Intérieur reconnaît ce problème. Dans une réponse publiée en juillet 2025 à l’Assemblée nationale, il indique avoir installé des systemes anti-robots, limité les sollicitations excessives de la plateforme et introduit des contrôles pour empêcher un même usager de réserver plusieurs créneaux. L’objectif affiché est explicitement de lutter contre la « captation de créneaux de rendez-vous à des fins de revente ».
Des difficultés de rendez-vous constatées par la justice à Marseille
L’enquête intervient alors que les problèmes d’accès aux démarches de séjour sont également documentés devant les tribunaux. Le 4 septembre 2026, le tribunal administratif de Marseille a examiné le cas d’un étudiant dont le renouvellement du titre était bloqué sur l’Administration numérique pour les étrangers en France (ANEF). Il avait tenté sans succès d’obtenir un rendez-vous spécifique « blocage ANEF », y compris aux heures prévues pour la mise en ligne des créneaux.
Le tribunal a ordonné au préfet des Bouches-du-Rhône de prendre, sous dix jours, les mesures nécessaires pour lui permettre de déposer sa demande. Cette décision ne démontre pas l’existence d’un trafic, mais elle illustre concrètement les difficultés rencontrées par certains usagers pour accéder à un rendez-vous à Marseille.
Un problème qui dépasse Marseille
La situation s’inscrit dans des difficultés plus larges concernant les démarches de séjour en France. En juillet 2026, le Défenseur des droits indiquait que les réclamations liées aux droits des étrangers représentaient 41 % de ses saisines en 2025, contre 10 % en 2019. L’institution constate une dégradation de l’accès aux préfectures et des délais de traitement des titres de séjour.
Quelques semaines plus tôt, le Conseil d’État avait également demandé à l’État de corriger plusieurs dysfonctionnements de l’ANEF susceptibles d’empêcher les étrangers d’effectuer normalement leurs démarches ou d’exercer leurs droits. Le marché des rendez-vous n’est d’ailleurs pas nouveau. Le ministère évoquait déjà en 2019 des pratiques irrégulières liées au « trafic de rendez-vous » et avait introduit un système anti-robot pour limiter leur captation.
Une nuance reste importante : la revente et l’intermédiation ne recouvrent pas toutes la même réalité juridique. Le ministère indiquait en 2025 que la prise de rendez-vous pour le compte d’un tiers n’était pas spécifiquement réglementée et que les situations les plus problématiques étaient signalées aux autorités judiciaires.







