L’allocation touristique fait l’objet d’un encadrement renforcé en Algérie après la mise au jour de pratiques frauduleuses impliquant des agences de voyage. Les autorités monétaires et sécuritaires rappellent que ce droit de change est strictement personnel, dans un contexte de lutte accrue contre les détournements et le marché parallèle.
Depuis plusieurs semaines, la question de l’allocation touristique s’est imposée dans le débat public, non pas à travers son montant ou ses conditions, mais par les dérives constatées autour de son utilisation. Ce qui devait être un mécanisme de soutien aux voyages à l’étranger s’est progressivement transformé, pour certains acteurs, en un levier d’abus organisé.
Les signaux d’alerte sont venus à la fois des banques, des services de contrôle et des autorités sécuritaires. Tous convergent vers un même constat : des circuits intermédiaires se sont greffés autour de ce droit de change personnel, avec une implication directe de certaines agences de voyage et organisateurs de déplacements.
Un rappel ferme sur le caractère personnel de l’allocation touristique
La Banque d’Algérie a tranché sans ambiguïté. Dans une instruction signée le 23 décembre 2025 par la direction générale du change, elle rappelle que l’allocation touristique constitue un droit strictement personnel, qui ne peut être ni cédé, ni géré, ni encaissé par un tiers non autorisé.
Les agences de voyage sont explicitement exclues de toute opération liée au paiement, à la collecte ou à la gestion de cette allocation, y compris pour les voyages religieux comme la Omra. Cette interdiction vise à fermer la porte aux pratiques de délégation informelle observées ces derniers mois.
Les banques sont désormais tenues de vérifier systématiquement le passeport original du bénéficiaire. L’opération ne peut être réalisée que par l’intéressé lui-même ou, dans certains cas précis, par un proche autorisé conformément aux instructions antérieures.
Banques et contrôles renforcés sur les opérations de change
Dans le cadre des nouvelles mesures, le versement de la contre-valeur en dinars doit être effectué directement par le bénéficiaire au niveau de l’agence bancaire. Le paiement en espèces est proscrit, et l’ouverture d’un compte bancaire est devenue une condition préalable.
Pour les adultes, le plafond de l’allocation touristique est fixé à 750 euros. Pour les mineurs âgés de 12 à 18 ans, le montant est limité à 300 euros. Ces plafonds s’accompagnent désormais d’une obligation de justification de revenus, afin de mieux tracer l’origine des fonds et leur destination.
Ce durcissement s’inscrit dans une stratégie plus large de lutte contre l’exploitation du droit de change à des fins spéculatives, notamment sur le marché informel des devises.

Les agences de voyage accusées de pratiques frauduleuses
Le dossier a pris une dimension politique après les déclarations publiques du ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Said Sayoud. Devant les députés de l’Assemblée populaire nationale, il a directement mis en cause des agences de voyage dans l’organisation de fraudes à grande échelle.
Selon ses révélations, des voyageurs étaient transportés légalement vers la Tunisie afin d’obtenir un cachet d’entrée sur leurs passeports. Après quelques jours, ils étaient ramenés en Algérie par des passages non surveillés, sans que le voyage réel ne corresponde à l’objectif déclaré.
Cette mécanique aurait permis à des intermédiaires de capter l’allocation touristique sans que les bénéficiaires finaux, ni les économies nationales, n’en tirent un réel avantage.
Flux inhabituels vers la Tunisie et exploitation de chômeurs
Les chiffres avancés par le ministre ont renforcé les soupçons. Entre novembre et décembre, environ 5 000 bus algériens seraient entrés en Tunisie, une période habituellement marquée par une faible mobilité touristique vers ce pays. Ce mouvement massif a également interpellé les autorités tunisiennes.
Les enquêtes ont révélé l’exploitation d’environ 100 000 chômeurs, utilisés comme bénéficiaires fictifs afin de capter les 750 euros de l’allocation touristique. L’argent aurait ensuite été récupéré par des réseaux intermédiaires opérant en dehors de tout cadre légal.
Face à cette situation, les autorités ont décidé d’interdire temporairement le passage des bus vers la Tunisie et de renforcer les contrôles sur les autorisations de franchissement des frontières.
Une allocation maintenue malgré les dérives constatées
Malgré l’ampleur des abus révélés, les pouvoirs publics se veulent clairs sur un point : il n’est pas question de supprimer l’allocation touristique. Le dispositif est maintenu, mais son accès est désormais conditionné à des règles strictes et à une traçabilité renforcée.
Pour les autorités, l’enjeu est double : préserver un droit légitime pour les voyageurs algériens tout en asséchant les circuits parallèles qui détournent les devises vers des usages opaques. Un équilibre délicat, alors que les contrôles aux frontières et dans les banques continuent de se renforcer, sous le regard attentif des institutions financières et sécuritaires.






