L’Algérie tourne définitivement la page des versements en espèces pour son allocation de voyage. Désormais, les bénéficiaires de cette aide annuelle de 750 euros pour les adultes et 300 euros pour les mineurs devront obligatoirement disposer d’une carte bancaire internationale pour recevoir leur dotation en devises.
Cette réforme, décidée par les pouvoirs publics et mise en œuvre par la Banque d’Algérie, marque une nouvelle étape dans la modernisation du système financier national. Pour Brahim Guendouzi, professeur d’économie, cette évolution répond à plusieurs objectifs : réduire le recours au cash, renforcer la digitalisation des paiements et limiter les abus qui entouraient le précédent dispositif.
Allocation de voyage : pourquoi le paiement en espèces disparaît
Pendant plusieurs années, les banques remettaient l’allocation de voyage directement en billets de banque aux voyageurs autorisés à quitter le territoire. Avec l’augmentation du montant de cette allocation à 750 euros, les autorités ont estimé que ce mode de distribution n’était plus adapté.
Dans un entretien accordé au quotidien L’Algérie Aujourd’hui, Brahim Guendouzi explique que « le versement de l’allocation touristique en billets de banque a montré ses limites ».
Selon l’économiste, cette méthode présentait plusieurs inconvénients. Les banques devaient mobiliser d’importants volumes de devises en liquide, ce qui compliquait l’organisation des opérations. Elle favorisait également certaines pratiques frauduleuses, notamment la revente de devises sur le marché parallèle ou l’utilisation de prête-noms pour récupérer plusieurs allocations.
Le passage aux cartes bancaires internationales doit ainsi permettre de mieux tracer les opérations tout en réduisant la circulation d’espèces.
Une carte bancaire internationale devient indispensable
La principale nouveauté concerne les conditions d’accès à l’allocation de voyage. Les voyageurs devront désormais ouvrir un compte bancaire auprès d’un établissement agréé et obtenir une carte bancaire internationale, qu’il s’agisse d’une carte Visa, Mastercard ou d’un autre moyen de paiement accepté à l’étranger.
Pour Brahim Guendouzi, cette exigence est cohérente avec les habitudes des voyageurs internationaux.
Aujourd’hui, la majorité des déplacements à l’étranger nécessitent déjà une carte bancaire pour réserver un hôtel, louer un véhicule, effectuer des achats ou faire face à des dépenses imprévues. L’Algérie rejoint ainsi une pratique largement répandue dans les autres pays.
Cette mesure s’inscrit également dans la stratégie nationale de digitalisation des paiements, portée depuis plusieurs années par les autorités monétaires afin de développer les transactions électroniques et de réduire progressivement la place du cash dans l’économie.
Une réforme qui pourrait pénaliser certains voyageurs
Si cette nouvelle organisation présente plusieurs avantages, elle soulève également des interrogations.
L’obligation de disposer d’une carte bancaire internationale suppose d’être titulaire d’un compte bancaire. Or, une partie de la population demeure encore en dehors du système bancaire.
Brahim Guendouzi reconnaît qu’un effet d’éviction pourrait concerner les citoyens non bancarisés. Pour autant, il rappelle que l’allocation de voyage reste un droit ouvert à tous les Algériens remplissant les conditions fixées par la Banque d’Algérie et les établissements bancaires.
Les banques seront donc amenées à traiter un nombre beaucoup plus important de demandes de cartes internationales dans les prochains mois, alors que de nombreux voyageurs préparent déjà leurs déplacements à l’étranger.
Préserver les réserves de change de l’Algérie
Au-delà de la modernisation des moyens de paiement, cette réforme répond aussi à des préoccupations économiques.
Le relèvement de l’allocation de voyage à 750 euros par adulte représente un effort financier important pour l’État. Les réserves de change de l’Algérie demeurent principalement alimentées par les exportations d’hydrocarbures, ce qui rend le pays sensible aux fluctuations des cours internationaux du pétrole et du gaz.
Dans ce contexte, la Banque d’Algérie a prévu que le montant de cette allocation puisse être révisé si l’évolution de la balance des paiements le justifie.
Pour Brahim Guendouzi, cette possibilité constitue une mesure de précaution permettant de préserver les équilibres financiers extérieurs en cas de baisse durable des recettes en devises.
Quel impact sur le marché parallèle des devises ?
L’une des ambitions affichées de cette réforme est également de limiter les détournements de devises. Toutefois, l’économiste estime que le marché parallèle ne dépend pas principalement de l’allocation de voyage.
Selon lui, les devises qui alimentent le marché informel proviennent essentiellement d’autres circuits. L’allocation de voyage ne représente qu’une faible part des volumes échangés.
Le véritable intérêt du versement sur carte bancaire est donc de supprimer la distribution de billets, ce qui réduit les possibilités de revente immédiate des devises sur le marché noir et renforce la traçabilité des opérations.
Une évolution vers une économie moins dépendante du cash
Avec cette réforme, l’Algérie poursuit la modernisation de son système bancaire et de ses moyens de paiement. Le développement des cartes bancaires internationales, l’encouragement des paiements électroniques et la digitalisation des services financiers constituent désormais des axes majeurs de la politique économique du pays.
Pour les voyageurs, cette évolution implique une nouvelle préparation avant chaque départ à l’étranger : disposer d’un compte bancaire actif, obtenir une carte internationale et respecter les nouvelles procédures mises en place par la Banque d’Algérie.
À terme, les autorités espèrent que cette nouvelle organisation permettra de simplifier la gestion de l’allocation de voyage, de renforcer la transparence des opérations et d’accompagner l’Algérie dans sa transition vers une économie où les paiements électroniques occuperont une place de plus en plus importante.







