Le Canada demeure l’une des destinations privilégiées des jeunes Algériens souhaitant poursuivre des études supérieures à l’étranger. Réputé pour la qualité de ses universités, son environnement multiculturel et les perspectives professionnelles qu’il offre après l’obtention d’un diplôme, le pays attire chaque année de nombreux candidats venus d’Algérie.
Toutefois, les récentes réformes de la politique d’immigration canadienne soulèvent des inquiétudes. Deux chercheuses de l’Université McGill dénoncent désormais un système d’accueil des étudiants internationaux « à deux vitesses », une évolution qui concerne également les étudiants algériens au Canada.
Les étudiants algériens au Canada confrontés à un durcissement des règles
Depuis 2024, le gouvernement canadien a engagé un changement majeur dans sa politique d’accueil des étudiants étrangers. Face à la crise du logement, à la pression sur les infrastructures publiques et à la forte augmentation du nombre d’étudiants internationaux, Ottawa a instauré un plafond national sur les nouvelles demandes de permis d’études.
Cette décision touche l’ensemble des candidats étrangers, y compris les étudiants algériens au Canada, qui doivent désormais faire face à une concurrence plus importante pour obtenir une admission dans les établissements canadiens et décrocher leur permis d’études.
Pour de nombreux jeunes Algériens, le Canada représente pourtant un projet de vie. Les universités de Montréal, Québec, Ottawa, Toronto ou encore Vancouver accueillent chaque année des étudiants venus d’Algérie dans des filières comme l’ingénierie, l’informatique, les sciences de la santé, l’intelligence artificielle ou le management.
Une politique critiquée par des universitaires
Dans une étude publiée sur The Conversation, Yvonne Zhang et Emma Harden-Wolfson, chercheuses à la faculté d’éducation de l’Université McGill, ont analysé les décisions prises par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) entre janvier 2022 et juillet 2025.
Leur conclusion est sans appel : les différentes réformes manquent de cohérence et instaurent un traitement différencié entre les étudiants internationaux selon leur nationalité ou le contexte géopolitique de leur pays d’origine.
Selon les deux universitaires, le Canada continue d’afficher son image de « refuge sûr », tout en appliquant des politiques migratoires variables en fonction des crises internationales.
Un système d’accueil à deux vitesses
Les chercheuses prennent plusieurs exemples pour illustrer cette différence de traitement. Le Canada a facilité l’accès au territoire pour les ressortissants d’Iran et de Hong Kong après les événements politiques survenus dans ces régions. Les Ukrainiens ont, quant à eux, bénéficié du Programme d’autorisation de voyage Canada-Ukraine, qui a permis l’approbation de près d’un million de demandes et l’installation d’environ 300 000 personnes au Canada.
À l’inverse, le programme destiné aux Palestiniens a été limité à 5 000 visas temporaires réservés aux personnes disposant déjà de liens familiaux au Canada. Le dispositif a été fermé seulement quelques mois après son lancement, le quota ayant été rapidement atteint.
Pour les auteures, ces politiques montrent que certains étudiants étrangers bénéficient de dispositifs spécifiques, tandis que d’autres sont soumis à des règles beaucoup plus restrictives.
Pourquoi les étudiants algériens au Canada sont également concernés
Même si l’Algérie n’est pas citée explicitement dans cette étude, les conclusions des chercheuses concernent l’ensemble des étudiants internationaux. Les nouvelles règles ne ciblent pas un seul pays : elles s’appliquent à tous les candidats souhaitant obtenir un permis d’études.
Les étudiants algériens au Canada sont donc directement concernés par la réduction des quotas, le renforcement des contrôles administratifs et la sélection plus rigoureuse des dossiers.
Cette évolution intervient alors que l’intérêt des jeunes Algériens pour les études au Canada reste soutenu. Chaque année, des milliers d’entre eux déposent une demande d’admission auprès des universités canadiennes, attirés par des formations reconnues à l’international et par la possibilité d’acquérir une première expérience professionnelle après leurs études.
Dans ce nouveau contexte, les candidats algériens doivent anticiper davantage leurs démarches, préparer un dossier académique solide et démontrer leur capacité financière avec encore plus de rigueur.
Une contradiction dénoncée par les chercheurs
Les deux universitaires estiment également que le discours du gouvernement canadien est devenu contradictoire. Pendant plusieurs années, Ottawa encourageait activement les étudiants internationaux à venir soutenir l’économie canadienne, répondre aux besoins du marché du travail et participer à l’innovation.
Aujourd’hui, ces mêmes étudiants sont régulièrement présentés comme un facteur aggravant de la crise du logement ou de la saturation de certains services publics.
Selon les chercheuses, cette évolution contribue à légitimer des politiques migratoires davantage fondées sur les priorités politiques que sur les besoins du système universitaire.
Elles estiment que « la manière dont l’IRCC associe la géopolitique et les enjeux nationaux au recrutement étudiant légitime un contrôle de l’immigration discriminatoire fondé sur la race, l’origine ethnique et la nationalité des étudiants ».
Une baisse de 60 % des inscriptions internationales
Les critiques formulées par les universitaires trouvent un écho dans un rapport publié en 2026 par le vérificateur général du Canada, l’équivalent de la Cour des comptes.
Selon cette institution, les différentes réformes engagées par Ottawa n’ont pas atteint leurs objectifs et ont entraîné une baisse de près de 60 % des inscriptions d’étudiants internationaux.
Cette diminution inquiète les universités canadiennes, dont une part importante des ressources provient des droits de scolarité versés par les étudiants étrangers.
Pour les étudiants algériens au Canada ou ceux qui envisagent d’y poursuivre leurs études, cette situation signifie que la concurrence sera plus forte et que les critères de sélection pourraient continuer à se durcir dans les prochaines années.
Le Canada reste une destination attractive malgré les incertitudes
Malgré ces nouvelles restrictions, le Canada conserve de solides atouts. Ses établissements figurent parmi les mieux classés au monde, ses diplômes sont reconnus à l’international et plusieurs provinces continuent d’offrir des perspectives intéressantes pour les diplômés souhaitant acquérir une expérience professionnelle.
Toutefois, les critiques formulées par les chercheuses de l’Université McGill montrent que le modèle canadien d’accueil des étudiants étrangers est en pleine évolution. Pour les étudiants algériens au Canada, il devient essentiel de suivre attentivement les changements de réglementation, de préparer leur projet d’études en amont et d’anticiper des procédures d’admission plus exigeantes qu’auparavant. Cette nouvelle réalité pourrait redessiner, à moyen terme, les choix de destination des futurs étudiants algériens en quête d’une formation à l’international.







