Obtenir une carte verte (Green Card) aux États-Unis pourrait bientôt devenir bien plus difficile pour des milliers de candidats à l’immigration. Selon des informations révélées par le Wall Street Journal, l’administration américaine étudie un projet qui imposerait une caution pouvant atteindre 100 000 dollars à certains demandeurs vivant à l’étranger.
Si cette mesure est adoptée, elle constituerait l’un des plus importants durcissements de l’immigration légale depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche.
Une carte verte à 100 000 $ à l’étude à Washington
Le Département d’État américain examine actuellement un projet visant à instaurer une caution financière pour certains demandeurs de visas d’immigrant, selon le Wall Street Journal. Les journalistes Michelle Hackman, Robbie Gramer et Alexander Ward indiquent que le montant pourrait atteindre 100 000 dollars, même si aucun texte réglementaire n’a encore été publié.
Cette mesure viserait principalement les personnes qui sollicitent une Green Card depuis un consulat américain à l’étranger, avant même leur arrivée aux États-Unis. Seraient notamment concernés les candidats à l’immigration par mariage, regroupement familial ou d’autres catégories de résidence permanente.
En revanche, les étrangers déjà installés aux États-Unis et qui demandent un ajustement de leur statut ne seraient pas concernés par ce dispositif.
Pourquoi les États-Unis veulent-ils une telle caution ?
L’objectif affiché serait de limiter le risque que les nouveaux immigrés deviennent dépendants des aides publiques américaines. Concrètement, cette somme servirait de garantie financière. Le demandeur ou un proche pourrait déposer la caution, qui resterait bloquée pendant plusieurs années.
Elle ne serait restituée qu’après l’acquisition de la citoyenneté américaine, soit généralement cinq ans après l’obtention de la Green Card. Pour les personnes mariées à un citoyen américain, la naturalisation peut intervenir après trois ans, ce qui raccourcirait la durée d’immobilisation de la somme.
Même si cette caution est remboursable, réunir 100 000 dollars représente un défi majeur pour la très grande majorité des ménages.
Une somme inaccessible pour la plupart des familles
Cent mille dollars correspondent aujourd’hui à environ 85 000 euros. Une telle somme dépasse largement l’épargne disponible de la plupart des familles, qu’elles résident en France, au Canada, en Belgique, en Suisse ou dans d’autres pays.
Dans les faits, cette mesure pourrait créer une sélection économique de l’immigration légale. Les candidats les plus modestes auraient beaucoup plus de difficultés à accéder à la résidence permanente, même lorsqu’ils remplissent toutes les autres conditions administratives.
La possibilité pour un membre de la famille ou un proche de se porter garant est évoquée, mais elle ne résout pas le principal obstacle : disposer d’une telle somme pendant plusieurs années.
Une nouvelle étape dans la politique migratoire de Donald Trump
Ce projet s’inscrit dans une stratégie plus large de durcissement de l’immigration depuis le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis.
Depuis janvier 2026, plusieurs mesures ont déjà été annoncées ou mises en œuvre.
Parmi elles figurent notamment :
- la suspension du traitement des visas d’immigrant pour les ressortissants de 75 pays ;
- une tentative d’imposer une caution de 100 000 dollars aux entreprises recrutant des travailleurs étrangers via le visa H-1B, finalement bloquée par la justice fédérale en juin ;
- l’élargissement d’un programme de caution pouvant atteindre 15 000 dollars pour certains visas de tourisme et d’affaires dans une cinquantaine de pays, principalement en Afrique.
Pris séparément, chacun de ces dispositifs poursuit un objectif spécifique. Ensemble, ils traduisent une volonté de rendre l’immigration légale plus restrictive en augmentant les garanties financières demandées aux candidats.
La Gold Card ne rencontre pas le succès espéré
En parallèle de ces mesures, l’administration Trump tente également d’attirer les investisseurs étrangers grâce à la Gold Card, un nouveau programme de résidence lancé à la fin de l’année 2025. Présentée initialement au prix de 5 millions de dollars, cette carte a ensuite vu son tarif ramené à 1 million de dollars par Donald Trump. Malgré cette baisse importante, le succès reste très limité.
Le 23 avril 2026, le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, a déclaré devant le Congrès qu’une seule Gold Card avait été délivrée depuis le lancement du programme. Les spécialistes de l’immigration n’ont guère été surpris. Les grandes fortunes disposent déjà de nombreux programmes de résidence par investissement dans différents pays, souvent plus anciens, mieux encadrés et parfois moins coûteux.
Le précédent du programme EB-5 illustre également cette réalité. Lorsque le montant minimal d’investissement était fixé autour de 500 000 dollars, il enregistrait jusqu’à 14 000 demandes par an. Avec un seuil financier plusieurs fois supérieur, les experts anticipaient logiquement une baisse significative de la demande.
Quelles conséquences pour les futurs candidats à la Green Card ?
Pour l’instant, la carte verte à 100 000 $ reste au stade d’un projet. Aucun calendrier officiel n’a été communiqué et aucune réglementation n’a encore été publiée.
Néanmoins, cette proposition envoie un signal clair aux candidats à l’immigration. Si elle est adoptée, elle pourrait modifier en profondeur les conditions d’accès à la résidence permanente américaine, notamment pour les personnes qui immigrent par mariage ou par regroupement familial.
Au-delà de son aspect financier, cette mesure marquerait un changement de philosophie : l’accès à la Green Card dépendrait davantage de la capacité financière des candidats. Une évolution qui suscite déjà de nombreuses interrogations parmi les professionnels de l’immigration et les familles concernées, alors que les États-Unis restent l’une des principales destinations d’immigration permanente dans le monde.







