Des étudiants étrangers inscrits à l’Université de Strasbourg pourraient perdre leur droit de séjour en France après avoir été désinscrits de leur formation. Les syndicats dénoncent une décision qui pourrait conduire certains d’entre eux à faire l’objet d’une OQTF, tandis que le Défenseur des droits a été saisi.
À quelques semaines de la rentrée universitaire 2026-2027, plusieurs étudiants étrangers se retrouvent dans une situation particulièrement délicate. Après avoir été désinscrits de leur master à l’Université de Strasbourg pour des frais de scolarité impayés, ils ne peuvent plus renouveler leur inscription. Or, cette démarche est indispensable pour conserver leur titre de séjour étudiant en France. Une impasse administrative qui pourrait déboucher, dans certains cas, sur une OQTF (Obligation de quitter le territoire français).
Pourquoi ces étudiants étrangers risquent-ils une OQTF ?
L’affaire concerne des étudiants originaires de pays situés hors de l’Union européenne. Selon les informations révélées par Rue89 Strasbourg, plusieurs d’entre eux ont découvert, au moment de leur réinscription en ligne, un message indiquant qu’ils étaient « interdits d’inscription par l’université ». Le motif avancé par la Direction des études et de la scolarité est le non-paiement des frais universitaires de l’année 2025-2026.
Pour ces étudiants, la conséquence dépasse largement le cadre universitaire. En France, le renouvellement d’un titre de séjour étudiant est généralement lié à une inscription dans un établissement d’enseignement supérieur. Sans certificat de scolarité, la préfecture peut refuser le renouvellement du titre de séjour, ouvrant la voie à une OQTF, une mesure administrative imposant à un étranger de quitter le territoire français dans un délai déterminé.
Des frais universitaires qui fragilisent les étudiants étrangers
Depuis l’entrée en vigueur du plan gouvernemental « Bienvenue en France », les étudiants extra-européens doivent s’acquitter de droits d’inscription bien supérieurs à ceux des étudiants français et européens. Pour un master, ces frais atteignent 3 941 euros, contre 254 euros pour les autres étudiants.
Si plusieurs universités accordent traditionnellement des exonérations afin d’alléger cette charge financière, les syndicats estiment que ces dispositifs sont devenus plus restrictifs. À Strasbourg, ils rappellent que plus d’une cinquantaine d’étudiants auraient déjà été désinscrits au cours de l’année universitaire 2025-2026 pour défaut de paiement.
Pour beaucoup d’étudiants internationaux, cette somme représente plusieurs mois, voire plusieurs années de revenus dans leur pays d’origine. Les associations étudiantes dénoncent une politique qui pénalise avant tout les jeunes les plus modestes.
Les syndicats alertent sur les conséquences humaines
L’Alternative Étudiante Strasbourg (AES) et le Snesup-FSU considèrent que cette situation peut avoir des conséquences dramatiques. Miaina, membre de l’AES, explique au journal local Rue 89 Strasbourg, que certains étudiants avaient malgré tout validé leur année et obtenu leurs relevés de notes. Pourtant, l’impossibilité de se réinscrire les place aujourd’hui dans une grande incertitude.
Pour Pascal Maillard, membre du bureau du Snesup-FSU, l’enjeu dépasse la seule question des études.« Il en va de la possibilité de rester sur le territoire français pour ces étudiants. C’est ça qui est particulièrement grave », souligne-t-il.
Les syndicats estiment que cette succession de désinscriptions, de blocages administratifs et de difficultés financières pourrait avoir un effet discriminatoire à l’encontre des étudiants étrangers.
Le Défenseur des droits saisi
Face à cette situation, le Snesup-FSU a officiellement saisi le Défenseur des droits. Le dossier, transmis le 8 juillet 2026 à Marie-José Auburtin, déléguée du Défenseur des droits pour le Bas-Rhin, met en avant plusieurs éléments : des informations jugées tardives sur les exonérations, un manque de clarté concernant les frais de scolarité et une base juridique contestée pour certaines décisions.
Le syndicat demande également un examen du décret du 19 mai 2026, qui limite davantage les possibilités d’exonération des droits différenciés et confie aux présidences d’université un pouvoir plus important dans leur attribution. Au moment de la publication des faits, l’Université de Strasbourg n’avait pas répondu aux sollicitations de la presse.






