L’Espagne pourrait devenir le théâtre de l’une des plus importantes opérations de régularisation de migrants jamais organisées en Europe. Alors que le gouvernement de Pedro Sánchez tablait initialement sur environ 500 000 bénéficiaires, certains responsables de l’administration espagnole estiment désormais que cette réforme pourrait, à terme, concerner jusqu’à 3 millions de sans-papiers, en tenant compte notamment des effets du regroupement familial.
Cette estimation, relayée par plusieurs médias espagnols, intervient après la clôture des demandes de régularisation le 30 juin 2026. Avec près de 1,17 million de dossiers déposés, le dispositif dépasse déjà largement les prévisions du gouvernement et ouvre un débat bien au-delà des frontières espagnoles.
Plus d’un million de demandes déjà déposées
Le plan adopté par le gouvernement socialiste permet aux étrangers en situation irrégulière présents en Espagne avant le 31 décembre 2025 de demander un titre de séjour et de travail d’un an, sous réserve de remplir plusieurs conditions, notamment l’absence de condamnation pénale et la preuve d’une intégration sociale ou professionnelle.
Selon les autorités espagnoles, 1 174 978 demandes ont été enregistrées en un peu plus de deux mois. Plus de 600 000 dossiers ont déjà été considérés comme recevables.
Pour absorber cet afflux inédit, Madrid a mobilisé près de 450 bureaux administratifs et recruté plus de 550 agents supplémentaires chargés d’instruire les dossiers.
Le regroupement familial pourrait faire exploser les chiffres
Si le nombre de demandes déposées surprend déjà les autorités, c’est surtout la suite du processus qui suscite des inquiétudes. D’après le quotidien espagnol El Mundo, plusieurs responsables des services de l’immigration et des forces de sécurité redoutent un effet multiplicateur. Une fois régularisés, de nombreux bénéficiaires pourront demander à faire venir leur conjoint et leurs enfants grâce au regroupement familial prévu par la législation espagnole.
En cumulant les personnes déjà présentes sur le territoire et les membres de leurs familles susceptibles de les rejoindre, certaines estimations internes évoquent un total pouvant atteindre près de 3 millions de sans-papiers concernés directement ou indirectement par cette réforme. Ce chiffre n’a pas été confirmé officiellement par le gouvernement, mais il illustre l’ampleur du débat qui s’est ouvert en Espagne.
Une politique à contre-courant de l’Europe
Au-delà des chiffres, cette réforme marque une rupture avec la politique migratoire adoptée par une grande partie des pays européens. Depuis plusieurs années, de nombreux États membres de l’Union européenne privilégient un durcissement des politiques d’immigration. L’Italie de Giorgia Meloni a renforcé les contrôles aux frontières et limité les opérations des ONG de secours en Méditerranée.
De son coté, l’Allemagne multiplie les expulsions des personnes déboutées du droit d’asile et renforce les contrôles à ses frontières terrestres. La France affiche également une politique plus stricte en matière de lutte contre l’immigration irrégulière et d’éloignement des étrangers en situation illégale.
À l’échelle européenne, le Pacte sur la migration et l’asile, adopté en 2024, met davantage l’accent sur le contrôle des frontières extérieures, l’accélération des procédures de retour et une meilleure coopération entre les États membres.
Dans ce contexte, le choix du gouvernement de Pedro Sánchez apparaît comme une exception en Europe. Là où plusieurs pays cherchent à réduire les flux migratoires et à renforcer les expulsions, Madrid fait le pari de l’intégration de migrants déjà présents sur son territoire afin de répondre aux besoins de son économie et de compenser le vieillissement de sa population.
Cette stratégie contraste également avec la tendance observée dans d’autres régions du monde. Des États comme les États-Unis, le Royaume-Uni ou encore l’Australie ont eux aussi renforcé leurs dispositifs de contrôle de l’immigration ces dernières années, privilégiant des politiques plus restrictives.
De nombreux Algériens pourraient bénéficier de cette régularisation
Cette vaste opération pourrait également avoir un impact important pour les ressortissants algériens vivant en Espagne. Même si les candidats originaires d’Amérique latine représentent la majorité des demandeurs, la communauté algérienne figure parmi les principales nationalités extra-européennes installées dans plusieurs régions espagnoles, notamment en Catalogne, dans la Communauté valencienne, en Andalousie et dans la région de Murcie.
De nombreux Algériens travaillent déjà dans les secteurs de l’agriculture, du bâtiment, de la restauration ou des services. Pour ceux qui remplissent les critères fixés par le gouvernement espagnol, cette régularisation pourrait permettre d’obtenir un permis de séjour, un contrat de travail légal et, à terme, d’engager une procédure de regroupement familial.
Un test pour la politique migratoire européenne
La régularisation lancée par Pedro Sánchez constitue aujourd’hui un véritable laboratoire des politiques migratoires européennes. Ses défenseurs estiment qu’elle permettra de réduire le travail clandestin, d’améliorer les recettes fiscales et de répondre aux pénuries de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs essentiels.
Ses détracteurs, en revanche, craignent qu’elle n’exerce un effet d’attraction sur de nouveaux flux migratoires et ne mette sous tension les capacités administratives, les services publics et les dispositifs d’accueil.
Avec plus d’un million de demandes déjà déposées et la perspective évoquée de 3 millions de sans-papiers concernés à terme, cette réforme pourrait durablement influencer les débats sur l’immigration en Europe. Les décisions qui seront prises dans les prochains mois seront observées de près par les autres États membres de l’Union européenne, qui cherchent eux aussi à concilier besoins économiques, contrôle des frontières et gestion des migrations.







